Ascenseur social, mode d'emploi [extrait] (1)

"Aujourd'hui, sept enfants d'ouvriers sur dix sont employés ou ouvriers, exactement la même proportion que celle des enfants de cadre exerçant eux-mêmes un emploi d'encadrement (2). Comment expliquer ces tendances ? Contrairement aux idées reçues, elles ne sont pas tant le fruit de traits psychologiques ("autocensure", "abnégation", "curiosité", etc.) que le résultat de politiques qui contribuent à maintenir les inégalités sous de nouvelles formes. Dans un contexte de chômage de masse, la précarisation de l'emploi et l'affaiblissement du secteur public, tout comme le maintien d'un "élitisme républicain" au coeur du système scolaire français, tendent à renforcer l'influence de l'origine sociale et du diplôme des parents sur les trajectoires des enfants. La "panne de l'ascenseur social" n'est pas un mythe, mais son évocation rituelle fait oublier que sans une démocratisation profonde du système scolaire et sans une augmentation significative des emplois très qualifiés, l'égalité des chances devient un voeu pieu. "

(1) Extrait de "les Grands Dossiers des Sciences Humaines n°44 - septembre - octobre - novembre 2016" par Paul Pasquali.

(2) Camille Peugny, Le destin au berceau. Inégalités et reproduction sociale, Seuil 2013.

Les dérives sont dans l'exploitation outrancière de la crédulité, de la docilité et du mimétisme des populations qu'il faut mieux éduquer pour libérer

http://www.ouest-france.fr/europe/france/reforme-du-college-six-syndicats-de-professeurs-demandent-son-retrait-3305210

Une Ecole qui enseigne

On ne demande pas aux enseignants d'être comptables de ceux qui savent déjà, mais d'enseigner, d'apporter une valeur ajoutée.

La question "Qui sait ?" avant même que le cours soit dispensé est particulièrement anti-pédagogique. Elle favorise celui qui sait déjà sans lui apporter de valeur ajoutée et isole ceux qui sont venus pour apprendre. Elle les renvoie dos à dos. Parce que dans le "Qui sait ?", c'est le "qui" qui est mis en avant, c'est le début de la ségrégation, du pointage du doigt des différences. Elle est à bannir.

La transformation de l'Ecole, c'est la transition du "Quoi" au "Comment et Pourquoi". Il n'est pas question de faire de nos futures générations des encyclopédies vivantes, tout est désormais facilement accessible. Nous souhaitons passer au "Comment" et au "Pourquoi", donner du sens, démontrer, faire réfléchir.

L'Elève comme futur citoyen doit être acteur de son apprentissage.

L'Ecole doit enseigner le savoir faire par la pratique et l'expérimentation (travail des matériaux, la cuisine, la couture, les réalisations techniques et scientifiques), transmettre la valeur du travail. 

L'enseignement est un métier noble, déterminant pour la construction des citoyens de la France et de l'Europe de demain. La France a besoin d'enseignants formés, respectésreconnus, impliqués, responsables, exerçant leur métier avec amour, des enseignants qui guident plus qu'ils ne contraignent, qui donnent envie et qui font progresser.

Tout élève en quittant l'Ecole, doit savoir rédiger un courrier, gérer un compte en banque, déposer une plainte, pratiquer les premiers gestes d'urgence.

L'Ecole est un terrain d'envol, un tremplin vers la liberté.

Une Ecole citoyenne et égalitaire

L'Ecole doit enseigner les valeurs de la république : Liberté, Egalité, Fraternité.

L'Ecole doit favoriser la mixité, en faire une richesse. "On s'entoure de gens qui nous ressemblent pour se rassurer. Pour progresser, il faut de la différence, de la nouveauté, de l'ouverture d'esprit, de la tolérance, de l'écoute, de l'échange et du respect."

Les jumelages entre les écoles de France, d'Europe et du Monde sont à renforcer, les échanges à favoriser et à multiplier.

L'Ecole est un lieu de partage, d'ouverture à la différence.

Une Ecole qui autorise et encourage

Face à l'automatisation grandissante des métiers de fabrication, il convient de développer la créativité de nos enfants, de laisser libre cour à leur imagination et à l'expérimentation.

L'Ecole doit laisser la place au débat d'idées et à l'expression orale. L'Ecole doit enseigner au futurs adultes à oser vaincre la timidité, à accepter l'erreur et le regard des autres.

La connaissance désormais à portée de clic ne doit plus être le seul vecteur d'enseignement. La connaissance d'ailleurs n'est jamais absolue et de nombreuses découvertes récentes remettent en cause quelques dogmes pourtant bien établis.

L'Ecole doit moins cadrer et plus accompagner. Elle doit donner les clefs des métiers de demain.

L'Ecole doit élargir et non entraver. Les choix entre les filières générales et professionnelles, entre les scientifiques et les littéraires ne répondent plus ni au besoin, ni aux attentes de la société. Les métiers du droit ou de la psychologie sont autant littéraires, que scientifiques pour le raisonnement. Le domaine médical, la recherche et l'industrie font autant appel aux compétences scientifiques, qu'humanistes et philosophiques pour la morale. Nos brillantes lumières du XVIIe siècle étaient tout à la fois mathématiciens, linguistes, poètes, philosophes, artisans et commerçants. Ils étaient aussi très Européens.

Nous proposons qu'à partir de la classe de seconde jusqu'au baccalauréat, les élèves puissent choisir de s'inscrire aux matières pour lesquelles ils souhaitent développer leurs connaissances, en respectant une répartition de matières techniques et scientifiques, littéraires et linguistiques, artistiques et sportives, de culture générale et d'initiation professionnelle.

L'Ecole est un espace de réussite.

Une Ecole qui responsabilise

L'Ecole doit enseigner les comportements responsables et apporter les valeurs de Justice.

L'Ecole doit permettre aux élèves d'anticiper les conséquences de leurs actes. Elle doit les inviter à assumer leurs agissements et leurs propos par l'explication plutôt que la sanction, à reconnaître leurs torts et à réparer quand c'est possible.

L'Ecole doit développer la réflexion et le sens critique.

L'Ecole étant la première Institution à laquelle les jeunes sont confrontés, elle doit être un modèle de Responsabilité et de Justice.

Tout élève qui quitte l'école doit avoir confiance dans les Institutions de la République, non parce qu'on la lui a inculqué mais parce qu'elles le méritent, l'Ecole en premier.

L'Ecole est une chance, une maison qui fait grandir.

Une Ecole qui émancipe

Une autre priorité de l'Ecole est d'aider nos enfants à devenir des adultes responsables, créatifs et qui pensent leurs actes, des adultes biens dans leur tête et dans leur corps.

L'Ecole doit ouvrir la porte aux disciplines artistiques et à la création. La découverte et la pratique des arts favorisent l'ingéniosité, le bon goût et l'originalité (précision, élégance, cohérence). Les arts de la scène en particulier développent la confiance en soi.

L'enseignement de l'histoire et des civilisations ne peut plus se cantonner aux frontières de l'hexagone. La géopolitique et l'économie sont désormais mondiales.

L'accès instantanné et quasi-illimité à l'information numérique impose de développer chez nos enfants, pour les protéger, un avis critique, un réflexe d'authentification et de raisonnement que l'Ecole doit largement favoriser. 

Une Ecole qui prolonge son action

Il n'est désormais plus rare de changer plusieurs fois de métiers au cours de sa vie professionnelle.

L'Ecole doit continuer d'accompagner les adultes en lien étroit avec les besoins de la société.

Un rapprochement entre l'Ecole et les professionnels est à opérer, en ouvrant les portes de l'Entreprise à l'Ecole, en facilitant les formations continues et en alternance, en faisant rentrer l'Entreprise dans l'Ecole.

L'Ecole est un espace qui accueille et fédère.

Repenser l'Ecole face à l'échec

L'inaptitude ne renvoie pas à l'enfant mais au système éducatif.

Un élève inapte est un élève qui a été mal orienté ou mal accompagné. Ce n'est pas l'élève qui est en échec, c'est l'Ecole. L'enfant dispose toujours d'un potentiel qui n'a pas nécessairement encore été détecté. En particulier, les plus créatifs (c'est à dire ceux dont la société aura le plus besoin dans un monde de plus en plus automatisé) sont souvent les plus inadaptés car mal à l'aise dans un système trop réglementé et codifié.

L'Ecole ne doit plus être la machine à fabriquer l'élite.

Favorisant déjà une jeunesse issue de la catégorie de la population la plus favorisée, elle produit un nombre d'échec qui devraient faire honte à la France.

Les enseignants ne peuvent être seulement comptables des bons et mauvais résultats. Ils jouent un rôle fondamental dans l’acquisition des connaissances et la révélation des talents. Nous proposons de mieux former les enseignants à ces pratiques.

Les notes ne sont ni un objectif, ni une sanction.

Elles sont des indicateurs, des jalons dans l'apprentissage. Les notes contribuent à la démarche pédagogique et constituent une mesure de ce qui est maîtrisé pour perfectionner ce qui reste à l'être.

Je ne fixe pas comme un objectif d'emmener les élèves plus haut (notion qui mériterait d'ailleurs d'être définie) mais de les rapprocher de leurs envies, seul moteur efficace que nous connaissions. Les conditions doivent être mises en place pour monter les élèves en maturité de sorte qu'ils n'adhèrent pas par peur ou par contrainte mais par choix, par envie.

Les jeunes n'ont jamais été incités dans les métiers de l'apprentissage, il y a de moins en moins d'étudiants dans les filières techniques et d'ingénieurs. Tous préfèrent le commerce, promesse d'argent facile mais belle illusion lorsqu'il n'y a plus rien à vendre...

Nous voulons également redonner leurs lettres de noblesse aux formations moins longues et plus d'application pratiques, car ce sont finalement bien celles qui produisent la valeur ajoutée.

Ces principes amélioreront de manière significative la compétence des enseignants et le niveau d’exigence attendu globalement du système.

Démocratiser les études post-bac

Leurs rêves n'étant pas toujours accessibles à ceux qui en ont les capacités manuelles, physiques ou intellectuelles, mais pas financières, le mécanisme de bourses que nous proposons de remettre en vigueur vient résoudre cette difficulté, autorisant ce faisant la remise en route de l'ascenseur social. Toutes les formations ne représentent pas le même poids financier pour les familles, justifiant ou non l'accord d'une bourse selon les cas.

Travailler en parallèle de ses études peut correspondre au choix de se faire un peu d'argent, mais être contraint de travailler pour payer ses études correspond vraisemblablement au moment où une bourse est nécessaire.

Ne pas conditionner le maintien des bourses à l'assiduité, mais aux résultats.

Nombre de formations sont infantilisantes tandis que l’un des objectifs est de former des adultes qui s’assument. L’idée est donc que l’élève soit incité à assister à ses cours parce qu’il y a intérêt et parce qu’il y acquiert de véritables connaissances et non parce qu’il y est contraint. L'obtention du diplôme et ce qu'il projette d'en faire doivent être suffisamment motivants pour l’élève.

Ce ne sont généralement pas les boursiers les moins assidus.